July 14, 2024

Les petites et moyennes entreprises face à l’économie verte au Maroc     

Par Ophélie Hoarau

Introduction      

Une économie est dite verte lorsqu’elle favorise l’inclusion sociale et améliore le bien-être humain tout en réduisant les émissions de carbone et l’utilisation des ressources. (PNUE, 2011). La question environnementale est au premier plan et devient alors, à la fois, méthode et solution, pour développer l’équité sociale. Dans le contexte actuel, les enjeux de nombreux pays d’Afrique tournent autour du développement économique, à l’instar des pays occidentaux. Or, à défaut de générer une économie plus ou moins stable en risquant ressources et société, l’objectif d’une économie durable et responsable permettrait aux entreprises en Afrique de se démarquer sur de nombreux marchés, plus centrés autour de l’environnement et du développement du bien-être humain, et ce, de façon pérenne. Maintenant, la question est de savoir si la demande est présente à une échelle locale pour un pays comme le Maroc par exemple et surtout si la création et le développement d’entreprises vertes est accessible aux petites entreprises (start-up, PME,…) sachant les obstacles qu’elles peuvent rencontrer à leurs débuts (financement, accompagnement, intégration,…).

  1. Défis actuels de la création d’une start-up au Maroc

Les principaux défis à la création d’une start-up au Maroc peuvent se regrouper aux défis suivants : le déficit de coordination entre gouvernement et secteur privé, la compétitivité avec les grandes entreprises et prise de risque entrepreneurial t le manque de financement des petites et moyennes entreprises.

1.1. Le déficit de coordination entre le gouvernement et le secteur privé

Selon NOURI et TAOURI (2022), l’économie verte peut se développer au Maroc à condition de prendre en compte la réalité socio-économique du pays et de développer l’accompagnement des petites entreprises à tout point de développement. En effet, le défaut de coordination (entre gouvernement et secteur privé) ainsi que le manque de soutien des principaux acteurs accentuent la difficulté d’accès au marché vert pour les start-up et petites entreprises marocaines. Une étude de la Banque mondiale datant de 2017 montre que 54% des entrepreneurs verts estiment l’accessibilité des données de marché comme un frein au développement viable de leurs entreprises.

1.2. Compétitivité avec les grandes entreprises et le manque de prise de risque entrepreneurial

En dehors du déficit de coordination entre gouvernement et secteur privé, d’autres défis à l’économie verte concernent la compétition avec les grandes entreprises (production plus importante et à coût moindre, investissements,…) et le manque de prise de risque de l’entrepreneuriat en général. Ainsi, le défi socio-culturel pour les entrepreneurs au Maroc est tel qu’il convient de développer des campagnes de sensibilisation pour améliorer la perception sociale des intervenants directes de l’économie verte et de développer la prise de conscience des bienfaits d’une telle économie dans un pays où la question des changements climatiques et d’une équité sociale est en première ligne.

  1. Le manque de financement des petites et moyennes entreprises

Le manque de financement est aussi en jeu ici. En effet, l’étude montre que de nombreux jeunes entrepreneurs font appel à des proches pour leur financement surtout au stade de la création d’entreprise avec 84 % des start-ups vertes lancées via l’autofinancement en 2017. Ce capital est appelé capital risque convivial (NOURI et TAOURI, 2022) et met en exergue la nécessité, pour les institutions marocaines, d’encourager davantage les entrepreneurs dans l’économie verte.   

2. Des modèles d’entreprises vertes possibles au Maroc

La force de travail marocaine et le savoir-faire local constituent de réelles opportunités pour le développement économique durable du pays. Ainsi, la promotion et l’encouragement à différentes échelles pour créer des emplois durables et responsables engendrent de nombreuses initiatives dans le sens d’une économie verte nationale.

Nous pouvons citer différents secteurs opportuns comme l’agriculture, l’énergie (avec le programme Noor de l’énergie éolienne et solaire), le tourisme durable, l’urbanisme etc… De nombreux réseaux de parrainages, de plateformes de crowdfunding et d’organisations locales (parmi elles, nous pouvons citer Startup Maroc, Morocco Entrepreneurship Network ou encore Espace Bidaya) s’organisent aussi pour soutenir un modèle durable de l’entrepreneuriat national.

Ainsi, selon l’étude de la Banque mondiale, le profil entrepreneurial vert au Maroc est souvent jeune, à un niveau d’éducation supérieur et à la recherche d’une indépendance/liberté créative et financière. Nous pouvons donc prendre deux exemples de start-up marocaines dont la démarche sociale et environnementale est un modèle de développement économique durable.

Valorisant le savoir-faire artisanal des travailleur.e.s marocain.e.s, l’entreprise Seaskin Morocco a su développer un produit de maroquinerie de luxe à partir de déchets de poissons. Cette initiative de Nawal Allaoui a contribué à l’emploi des femmes du village localement et au développement d’une économie circulaire où les déchets deviennent la matière première.

Le second exemple retenu est celui de Idyr Design, une entreprise marocaine employant une dizaine d’artisans au Nord du Maroc (Casablanca) et qui réalise des designs originaux avec des chutes et rebuts de tissus, sans gaspillage.

3. Le Maroc: pionnier de l’économie verte en Afrique?

En 2010, le Maroc met en place la Charte de l’Environnement et du développement durable suivi (en 2011) de la Stratégie Nationale de l’Environnement et du Développement durable qui soutiennent de nombreux secteurs comme l’agriculture ou encore la gestion des déchets.

Trois années plus tard, c’est le Maroc qui accueille la 5ème édition du Global Entrepreneurship Summit et qui marque son engagement vers une économie durable et responsable en Afrique. Cela lui vaut le titre de pionnier africain de l’économie verte (TOUHAMI et EL MOUKHTAR, 2021). Aussi, est-il important de relever que les opportunités environnementales sont nombreuses dans le pays, en particulier dans le secteur de l’agriculture (La culture biochimique dans le désert en est un exemple). Par ailleurs, la création de start-up vertes permettrait de compenser la suppression d’emplois et de limiter les impacts du chômage tout en créant de nouveaux marchés pour lesquels la demande serait à la fois locale mais, aussi à long terme, internationale. L’exemple du papier de pierre est révélateur.

En effet, on estime que la fabrication nationale du papier de pierre peut répondre à une demande mondiale (et ce, à hauteur de 20% du marché international) et dont la matière première est disponible en grande quantité au Maroc (plusieurs décennies selon l’auteur), le tout sans créer de déchet dans la chaîne de production/consommation. En effet, plus de 400 000 tonnes de carton sont importés au Maroc chaque année (PAULI, 2021).

Aussi, une production locale permet une économie (dans les devises notamment) avec une opportunité d’exploitation à hauteur de 80 millions de tonnes dans le monde (et 16 millions juste pour le continent Africain et l’Europe). Or, ce papier de pierre ne crée ni déchet (recyclable indéfiniment) mais contribue à l’économie circulaire car il est fabriqué à partir de déchets de mines. 

Conclusion

En définitive, le modèle Marocain est tel qu’il est au premier plan des risques environnementaux et nécessite une mise en place de politiques et réglementations en faveur de la création d’emplois en particulier via les entreprises vertes. Dans le même temps, son emplacement géologique, sa position géographique et son impact socio-culturel lui confèrent une place privilégiée dans l’économie circulaire, pour répondre à une demande locale (certes moindre) mais surtout régionale et internationale.

Références

NOURI K. & TAOUDI J. «L’entreprenariat vert au Maroc : défis et opportunités», Revue Française d’Economie et de Gestion «Numéro spécial : Publication des actes du colloque “L’entrepreneuriat innovant à l’ère de la Covid-19 : Quelle réalité et quelles actions à entreprendre ?” pp : 92- 105, 2022. https://www.revuefreg.fr/index.php/home/article/view/736

TOUHAMI F. & EL MOUKHTAR M. « L’entrepreneuriat vert : Un moteur du développement territorial durable au Maroc. Quel est le rôle des acteurs politico-économiques ? », Revue de l’Entrepreneuriat et de l’Innovation, Numéro 11, Volume 3,2021. https://revues.imist.ma/index.php/REINNOVA/article/view/31082

PAULI G. Morocco’s model. 2021. https://www.theblueeconomy.org/produit/modele-maroc/.

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