July 14, 2024

Les femmes entrepreneures du Congo Brazzaville : entre stratégies de résilience et défis à l’entrepreneuriat féminin.

Par Rosie Pioth    

Cet article décrit les stratégies de résilience de deux femmes entrepreneures résidant au Congo Brazzaville en relevant les principaux défis auxquels elles sont confrontées dans leur ambition et dans leur rêve de promouvoir l’entrepreneuriat féminin dans le pays.    

  • Exaucée GHALLA MOUAZEB, une entrepreneure congolaise spécialisée dans la transformation agroalimentaire notamment dans la fabrication des confitures

Elle est une jeune femme entrepreneure congolaise qui s’investit  dans la transformation des produits  agro-alimentaires, notamment la fabrication des confitures et autres. Son produit phare est la farine de  manioc panifiable qu’elle commercialise  dans les villes de Brazzaville et de Pointe-Noire. Agrozoe, sa très petite entreprise, lancée en 2019, a bénéficié du financement de la Fondation Tony Elumelu.

À force de se frotter au monde des petites affaires,  Exaucée GHALLA a fini par s’offrir une bonne  connaissance en matière de   vie entrepreneuriale. Des efforts remarquables supplémentaires lui permettent de relever quotidiennement les défis auxquelles elle est confrontée dans ce sous-secteur agroalimentaire.

Il faut avouer que de nombreuses congolaises ont  choisi la voie de l’entrepreneuriat pour réaliser non seulement leurs rêves, mais aussi et surtout pour assurer leur autonomie financière. 

Actives dans divers secteurs, comme l’agroalimentaire, la mode, la beauté, les tics,.., elles restent  cependant confrontées à plusieurs difficultés telles que la problématique d’accès au financement, la concurrence déloyale, la discrimination du genre et  les barrières culturelles.

Ces divers obstacles, loin s’en faut, ne les découragent pas pour autant. Elles font plutôt preuve de résilience et s’évertuent continuellement pour s’impliquer dans des initiatives qui promeuvent l’entrepreneuriat féminin.

  • Séraphine Nadine Ekoa, serial entrepreneur fille du bassin du Kongo comme elle se qualifie elle-même œuvre dans le tourisme et la promotion d’activités de consommation locale.

Séraphine Nadine Ekoa est un serial entrepreneur installée au Congo. Elle s’investit dans plusieurs projets d’entrepreneuriat. à l’instar d’Africadvice conseil et incubateur, un groupe  créé en 2016 présent dans plusieurs secteurs d’activités, et menant des activités dans le domaine de la formation au tourisme en passant par l’événementiel, la transformation agroalimentaire et la distribution des produits Made in Congo made in Africa. Elle met en place des chaînes de valeur de la fourche à la fourchette et l’ouverture des boutiques. Africashops, spécialisée dans la vente des produits fabriqués exclusivement au Congo répond à son souhait de voir les produits locaux être distribués à tous les niveaux, afin de mieux promouvoir ” le consommons local “. 

Pour répondre au besoin de partage de l’information et des bonnes pratiques business, elle crée en 2019 le Club des Femmes Entrepreneuses du Congo, une association dédiée à la femme entrepreneure” et qui cherche à impacter son environnement, et à aider les femmes entrepreneures à développer leurs business.

« La formation de la jeune fille est très importante pour moi, car elle représente le Congo de demain. Si elle a la tête sur ses épaules, elle sera capable de se prendre en charge et, par conséquent, participer au développement du pays », a indiqué l’entrepreneure, avant d’exhorter les femmes qui s’engagent dans l’entrepreneuriat à persévérer et à être davantage endurantes en dépit des obstacles.  

Comme bon nombre des pays africains, la République du Congo fait partie des pays qui ont connu, de manière considérable, une augmentation des effectifs des femmes entrepreneures. Cette augmentation quantitative a inspiré le gouvernement congolais vers la mise en place d’un cadre juridique et règlementaire favorables aux petites et moyennes entreprises. L’exemple de l’Agence de Développement des très Petites, Petites et Moyennes Entreprises dénommée : ADPME et créée en février 2022, vise à encadrer l’ensemble des acteurs de l’écosystème entrepreneurial en vue de favoriser la création de petites entreprises. Cet organe étatique poursuit également la mission de renforcer les capacités et d’améliorer les compétences des porteurs des projets en vue de consolider, de développer et de pérenniser leurs activités.    

Lors des Assises Nationales de l’Entrepreneuriat organisées en Mars 2022 à Brazzaville par le Ministère Congolais des Petites et Moyennes Entreprises (TPMEA), Mme Belmonde Dogo, Ministre de la Solidarité et de la Lutte contre la Pauvreté de la Côte-d’Ivoire, invitée, a fait la déclaration ci-contre : «  Je reste convaincue que l’homme est le chef de famille, mais que le la femme reste le pilier du développement d’un pays ». A cette même occasion, le représentant du PNUD en République du Congo Maleye Diop, a corroboré cette assertion et soutenu que :

« Dans une nation, plus la femme contribue à la vie active, mieux celle-ci se porte ».

Toutefois, la question du financement de ces femmes entrepreneures demeure cruciale et sensible. En guise d’exemple, au Congo Brazzaville, le gouvernement a mis en place le Fonds d’Impulsion de Garantie et d’Accompagnement (FIGA), une structure publique créée en 2020 dont le but est d’apporter un appui au développement des TPMEA et apporter des réponses concrètes à la problématique d’accès des TPMEA aux services financiers et non financiers en s’appuyant sur les acteurs de terrain que sont les incubateurs. Cependant, actuellement, malgré quelques dossiers accompagnés et financés, cette structure est sous les projecteurs à cause d’un scandale de détournement des fonds.  

Refusant toute demande d’interview, elle rassure néanmoins l’opinion qu’il existe des entrepreneurs congolais ayant déjà bénéficié de ses fonds pour promouvoir leurs entreprises comme l’atteste madame Ekoa dont l’incubateur dédiée aux femmes était justement dans le pool des partenaires du FIGA. « Je continue de dire que le FIGA est une excellente initiative que nous enviait beaucoup de pays à l’international », précise à ce sujet  madame Ekoa.

Accéder au financement du FIGA reste, en effet à ce jour, un parcours de combattant pour les nombreuses femmes entrepreneuses que nous avons interviewées ; la plupart d’elles ayant opté pour l’autofinancement, dans l’attente de bénéficier de nouvelles opportunités de financements de leurs entreprises.  

Du moins, des efforts sont fournis par les autorités gouvernementales pour non seulement encourager l’entrepreneuriat féminin, mais aussi faire éclore un écosystème économique au sein duquel les femmes congolaises joueront pleinement leur partition.

@Rosie Pioth

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