July 14, 2024

L’agriculture au congo : un secteur qui peine à seduire les entrepreneurs

Par Aristide Ngalibali

Encore dit Congo Brazzaville pour le différencier de son voisin la République Démocratique du Congo, le Congo est situé à l’ouest de l’Afrique centrale et s’étend sur une superficie de 342 000 km² dont la majeure partie du territoire est recouverte de forêts (soit 70% du territoire). Se trouvant dans la zone des tropiques, le pays est traversé par l’équateur et animé par trois variétés de climat : équatorial, sud équatorial et tropical humide. L’hydrographie du Congo est diversifiée, car le pays est sillonné par de nombreux cours d’eau parmi lesquels le célèbre ʺFleuve-Congoʺ. On compte également une façade de 170 km sur l’océan l’Atlantique.

Le dernier recensement des entreprises effectué par l’Institut National des Statistiques (INS, 2023) liste près de cent mille unités économiques soit 91014 entreprises. C’est à Pointe-Noire, à Brazzaville, dans le département de la Sangha et des plateaux que la plupart de ces Entreprises se sont émergées au cours de cette décennie. Les témoignages des acteurs économiques opérants dans le pays illustrent un climat d’affaires favorable. En effet, 57,3% des responsables d’unités économiques ont une opinion positive (assez-bonne ou bonne) sur l’environnement des affaires en République du Congo. Cependant 29,2% d’entre eux estiment qu’il est mauvais.

Si l’environnement des affaires est favorable selon les affirmations de la plupart de responsables d’entreprises, il n’en est pas de même pour le secteur de l’agriculture. En effet, des 10 millions de terres fertiles dont dispose le pays, seulement 2% sont cultivées. En dépit du potentiel agricole, les engagements parfois pris par le gouvernement et la présence de nombreux acteurs économiques, le pays reste dépendant de l’importation des produits agricoles. De surcroit, la production est paysanne et s’effectue avec les outils traditionnels. Ainsi, le secteur ne contribue qu’à 4% du produit intérieur brut (PIB) du pays. Et chaque année, des sommes pharamineuses (près d’un milliard d’euros) sont dépensées pour l’importation des denrées alimentaires. Au final ceci donne l’impression que les entrepreneurs n’affichent pas un engouement pour développer ce secteur. Dans cette hypothèse, quelle en est la cause ?   

Un agent du Ministère de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche affirme:

« Le secteur de la pêche au Congo n’affiche pas un mauvais résultat, car on retrouve de nombreuses entreprises appartenant aux français, chinois, espagnols… qui opèrent dans la capitale économique. Bien que ceux-là peinent à satisfaire toutes les classes sociales à cause du prix élevé du poisson, à coté la pêche artisanale menée par des béninois à Pointe-Noire et des paysans congolais maintient l’équilibre sur le marché. Le réel problème c’est du côté de l’agriculture et de l’élevage ».     

Inégale répartition de la population congolaise

Pays de 5,7 millions d’habitants, 60% de la population congolaise vit dans les deux grandes zones urbaines du pays à savoir : Brazzaville et Pointe-Noire et 40% restants n’est pas repartie de façon équitable à l’intérieur du pays. La plupart de ces populations vit dans les villes du sud. En effet, depuis la période coloniale, l’occupant avait accentué son activité économique dans la partie sud du Congo. Ainsi, les villes sud ont connu une marge importante de l’évolution économique et démographique.

Par ailleurs, bien que ces villes aient une population plus importante, la plupart des villages, peu importe leur localisation, sont sous-peuplés. Cette répartition inégale de la population en zone rurale ne favorise pas l’essor de l’agriculture.  

Le sous-développement de la zone rurale

Depuis l’époque coloniale, la République du Congo s’est dotée au fur et à mesure des voies de communication servant à l’acheminement des matières premières. Si toutes ces voies de communication jouent un rôle déterminant pour le transport entre les sites d’exploitation, les zones urbaines ou pour booster la croissance du commerce au niveau régional, il n’en est pas de même pour les territoires ne se trouvant pas sur leurs axes. De surcroit, ces routes à elles seules ne suffisent pas à désenclaver tout le pays.  En ce qui concerne l’agriculture, ce sont les pistes agricoles qui permettent d’acheminer les produits. Au Congo, de nombreuses pistes sont dans un état de dégradation avancée (ponts en mauvais états, érosions sur les routes, des routes boueuses en saison de pluie, etc.)

Outre la question liée aux pistes agricoles, il y a aussi celle de la distribution de l’électricité. Avec une centrale électrique à gaz et 4 barrages hydroélectriques, le pays dispose d’une capacité de production électrique de plus de 600 mégawatts. Actuellement, l’E2C (Énergie Électrique du Congo)  se limite à un taux d’accès à l’électricité de seulement 45% pour les deux grandes villes Brazzaville et Pointe-Noire, à 15% dans les villes secondaires (Dolisie, Ouesso…) et à 5% pour les autres localités du pays, bien que le gouvernement envisage de le porter à 90 % en milieu urbain et à 50 % en milieu rural. Si le développement industriel passe par l’électricité, actuellement le climat n’est pas au rendez-vous pour asseoir une agriculture de transformation. Pour ce faire, les acteurs devraient acter pour d’autres sources d’énergie comme des photovoltaïques.    

Manque de structures de financement et d’accompagnement des acteurs  

En matière de financement des projets, les banques sont des véritables catalyseurs du développement économique dans un pays.  À l’exception de la Banque Mondiale qui soutenait jusqu’en 2021 le financement des projets des coopératives, la République du Congo, ne compte pas de banque dont l’action est focalisée dans le financement et l’accompagnement des agriculteurs. D’ailleurs, les structures bancaires existantes proposent quelques fois des prêts avec des taux d’intérêt de 15 à 20%. Avec des telles conditions, il est difficile de voir les entrepreneurs incités à se lancer dans des secteurs tels que ceux de l’agricole et de l’élevage. 

La production et coût élevé de l’aliment de bétail

Les principaux défis auxquels est confronté le secteur de l’élevage au Congo sont ceux liés à la production et au coût élevé de l’aliment de bétail. Il est par ailleurs essentiel de noter que la production de l’aliment de bétail repose en grande partie sur les produits agricoles tels que le blé, le maïs, le soja etc…. Si déjà la production agricole locale ne parvient pas à satisfaire la demande des populations, on ne peut pas s’attendre à une productivité au niveau du secteur de l’élevage puisque son principal carburant qui se trouve être l’aliment de bétail dépend des rendements du secteur agricole.  Selon un cadre du Ministère de l’Agriculture, de la Pêche et de l’Élevage :

« (…) le réel problème, c’est du côté de l’agriculture et de l’élevage. En effet, il faut poser les jalons qui mettront un accent sur la mécanisation du secteur agricole. Pour cela, il faut disposer des moyens et des partenaires susceptibles de nous accompagner. Le développement de l’agriculture ouvrira la route vers le développement de l’élevage parce que l’aliment de bétail est souvent fabriqué par les produits dérivés de l’agriculture. À cause du prix élevé de l’aliment de bétail, la production animale locale coute cher. Ainsi un poulet importé du Brésil coute deux fois moins cher qu’un poulet produit au niveau local ».

Afin de palier au problème alimentaire dans le pays, le gouvernement a mis un accent particulier sur l’agriculture à travers le Programme National de Développement (PND) 2022-2026. Ainsi, 10% du PIB est mobilisé pour accompagner le secteur de l’agriculture. Pour attirer les investisseurs (étrangers et nationaux), l’État a mis en place la politique des Zones Agricoles Protégées (ZAP). Cette initiative consiste à identifier les terres d’une superficie de 100 hectares, à les labourer, à construire des bases vies, à mettre en place des systèmes d’irrigation et à accompagner les entrepreneurs sur l’acquisition des intrants semences.

Usine de Eco-COMACO – Crédit SACER CONGO

Pour accélérer le processus de mécanisation de l’agriculture, une usine Eco-COMACO de fabrication de tracteurs a été inaugurée le 6 avril 2023. Cette usine vise le montage de 250 engins par mois soit 3 000 par an.  L’objectif est d’accroître la productivité agricole au niveau locale tout en espérant un dépassement du 2% des terres arabes cultivées sur les 10 millions que dispose le pays.

L’agriculture comme domaine d’activité du secteur primaire (exploitation et production des ressources naturelles) est un catalyseur du développement industriel dans la mesure où elle permet de générer les ressources indispensables pour le fonctionnement des usines.  Le Congo avec une économie dans laquelle les revenus dépendent en grande partie de la rente pétrolière (50% du PIB et 80% des exportations), a plus que jamais envie de diversifier afin de sortir des fluctuations de ce marché qui quelque fois met son économie le vent en poupe. Cette diversification partira du développement de l’agriculture. Mais on assistera à la ruée vers ce domaine si seulement celui-ci parvient à séduire les entrepreneures. On retient ici donc l’aménagement des zones rurales (eau, électricité, infrastructures afin d’atténuer l’exode rural), la réhabilitation des pistes agricoles, la mise en place des mécanismes de financement et d’accompagnement des acteurs, la promotion de la culture agricole auprès des populations comme les facteurs indispensables à l’investissement des acteurs dans le domaine de l’agriculture.       

aristide ngalibali

Aristide Ngalibali est un blogueur né et ayant grandi à Pointe-Noire au Congo Brazzaville. Il rejoint la capitale ʺBrazzavilleʺ pour les études supérieures à l’Université Marien Ngouabi en 2018. Son entrée dans le monde du blog et de la rédaction d’article remonte à 5 années. À cette époque, il couvrait les activités des mouvements d’étudiants au sein de la Faculté des Lettres, des Arts et des Sciences Humaines (FLASH), au sein de laquelle il était étudiant. En 2020, sa plume intéresse le manager de l’agence de mannequina Africa Angency Mode. C’est ainsi qu’il sera appelé à rédiger des articles sur ses mannequins. En 2021, Aristide satisfait à un test à l’UNICEF, qui lui donnera l’occasion d’être formé par les professionnels de cette agence onusienne et à son tour de former les autres blogueurs de l’agence. L’année suivante sera encore bénéfique pour le jeune blogueur. Il va satisfaire au Concours Mondoblog de Radio France Internationale et intègre la plus grande plateforme francophone des blogueurs.

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